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Rester français

Je n’ai pas encore écrit une ligne sur cette « identité nationale » qui, depuis quelque temps, échauffe nos oreilles et les colonnes des journaux . Moi, chaque fois qu’on nous balance des gros mots à la tête, j’ai tendance à regarder du côté des raisons qui les amènent et qui laissent échapper – si on les « presse » - des jus malodorants.

Selon Gérard Noiriel (A quoi sert l’identité "nationale" ?), l'arrière-pensée du faux débat imaginé par d’habiles communicateurs est double : d’abord en étouffer d’autres, plus pertinents, plus urgents, selon la technique habituelle du prestidigitateur politique ; ensuite, faire recette électorale avec nos peurs en désignant le responsable de tous nos maux. Hier, les Juifs, aujourd’hui les « clandestins ». Bien entendu, j’adhère à cette interprétation des choses. Sauf à être lapin tétanisé par les phares, on devine bien les intentions de ces malotrus sans scrupules. J'ai pourtant envie d'ajouter que leur idéologie n’est pas seulement de circonstance. Elle est constitutive de leur être, ils y croient et ça les rend d'autant plus convaincants.

En France, on peut être nationaliste à la manière de ceux qui portent un nom de terroir : Duchesne, Dupont, Dupuis, Lapierre, Lafitte, Besson, Lesage… On se sent alors Indien, Algérien, Camerounais, Vietnamien, menacé par l'arrivée des colons. Mais il y a l'autre façon, celle des nouveaux riches qui furent d'abord des pauvres, de ceux qui "en ont bavé" pour se faire accepter et qui "en font des tonnes" pour montrer qu'ils "le méritent bien". Pendant longtemps, nos présidents étaient chauves et s’appelaient De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac mais, à la dernière élection, on entendait : « Quel progrès ! C’est la première fois qu’on met un nom de métèque chevelu dans l’urne et qu’il gagne. » Stop ! Ici, ce ne sont pas les mentalités qui ont changé, c’est le peuplement. Et Gallo, Finkielkraut, Hidalgo, Fernandez, Platini, Zidane, ne sont pas soulignés en rouge par mon correcteur automatique. C'est ainsi que, pour reprendre du service, l’épouvantail s'est déguisé en émigré « intégré », repenti, propre sur lui et qui ne mange le pain de personne. Voilà pourquoi, aujourd’hui, le grand VRP du nationalisme xénophobe de seconde génération, c’est quelqu’un qui porte un nom venu d’ailleurs, qui fait beaucoup d'efforts pour (se) persuader que, malgré un père clandestin et une mère d’origine séfarade, on peut passer à table avec des bons Français bien de chez eux comme Pinault, Lagardère, Bouygues, Bolloré, et même... leur servir la soupe.

Les complexes sont un moteur puissant, et ceux à qui nous déléguons nos pouvoirs ne se gênent pas pour sublimer leurs névroses en affaire d’Etat.

Il y a un mois, pour un nouveau passeport, je me suis présenté à l’antenne de Préfecture avec un extrait de naissance et mon vieux document qui arrivait en bout de pages. A l’accueil, on me prévient : « Il nous faut votre certificat de naturalisation… » Bravo. Comme ça, c'est dit. Les choses sont claires : obtenir l’identité française, ce n'est pas, comme on nous le fait croire, adhérer à des "valeurs", une langue ou une histoire, c’est prouver que tu l’as déjà. Autrement dit, l'écran de fumée proposé par un Ministre arrogant et un Président vantard n'est que le cache-sexe d'une problématique bien plus terre-à-terre où la question n'est pas tant de savoir ce qu'est "être français" que de créer les conditions pour le devenir... ou le rester.

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nildafernandez
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