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La Miranda

En appelant Damien en Espagne pour lui demander l'adresse d'une librairie nîmoise où je pourrais trouver quelques écrits de Garcia Lorca, j'ai appris une chose incroyable : depuis un an qu'il ont été mutés à Barcelone, lui et sa famille vivent à deux cents mètres de l'endroit où j'ai passé des jours d'enfance heureux !

La Miranda se trouve sur les collines au-dessus d'Esplugas del Llobregat. C'est un agrégat étendu de maisons individuelles, que j'ai connu épars et mal viabilisé mais qui est devenu, au fil du temps, une banlieue très résidentielle. Dans les années 50, mes grands-parents maternels avaient été parmi les premiers à y bâtir une maison qui devait toute son esthétique au goûts sévillans de celle que j'appelais alors "abuelita".
Comme le salaire de mon père ne nous permettait pas un vrai  "chez nous", notre famille oscillait entre les trottoirs étroits des ruelles de Sants où vivaient ses parents et les jardins suspendus de La Miranda d'où je contemplais l'horizon marin qui, jusqu'à ce jour, a souligné tous mes rêves.

Pendant très longtemps, cette maison que mes grands-parents avaient fini par vendre était restée inoccupée. Chaque fois que je passais à Barcelone, je ne manquais pas de lui rendre visite. J'y entrais alors sans effraction, faisant le tour des quatre étages de jardins pierreux, ouvrant chaque porte, essayant de retrouver dans mon souvenir l'emplacement des meubles, des lits, des fauteuils à bascule, des éprouvettes et des cornues que le grand-père, coiffeur pour dames, utilisait pour d'inquiétantes formules de lotions capillaires. En somme, par le miracle du manque d'intérêt commercial pour une maison trop distante des canons du conformisme fonctionnel, cette construction andalouse en plein pays catalan, m'appartenait.

Mais il a trois ans, au cours d'un de ces pélerinages rituels, à la place des murs blancs, des fers forgés et des tuiles romaines, j'ai découvert un gravas de terre rouge enchevêtrée de racines et de dalles qui avaient englouti, sous les coups de bulldozer, l'olivier que mon autre grand-père, celui de Sants, était venu planter à la naissance de ma soeur Maribel, première de ses petits enfants.

J'ai ressenti alors la douleur vive d'une amputation et j'ai griffé ma chemise et ma peau en rampant sous la barrière métallique pour chercher un peu de terre, quelques fragments de tuiles, des éclats d'écorce. J'ai aussi recueilli, seule rescapée de cette désolation, une fleur d'arôme que j'ai transportée jusqu'à Lyon et que mon père a fait refleurir sur son balcon.

Comments

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cavoletto77
06 sep 2009 17:00 (UTC)
C'est drole, je partage la meme part contemplative d'enfance devant la mer, sauf que c'était pas la méditerannée mais la mer du nord :- ) Faudra tout de meme que je me décide, au prochain séjour à barcelone, d'aller muser un peu ailleurs qu'à la boqueria :-) Merci en tous cas de ces notes, c'est surprenant de lire enfin - après tout ce temps :-) - une prose naturelle, au rythme de la respiration de qui médite...
marie_heleneb
09 sep 2009 19:41 (UTC)
La Miranda
C'est fou tout ce que j'ai pu retrouver entre tes mots!

Comme beaucoup de ceux qui te lisent, sans doute, j'ai ressenti cette souffrance qui serre la poitrine et brûle les yeux de rage et d'impuissance devant une enfance irrattrapable (je ne sais pas si ça se dit???) et tout ce qui a changé en pire.

Mais comme toujours, on pourrait en parler des heures durant...
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